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Mahmoud Ahmed
© D.R

Portrait de: Mahmoud Ahmed

Dans les dernières années du règne du négus Haillé Sélassié, (entre 1969 et 1974), l'Ethiopie a connu un âge d'or musical. A l'instar de ce qui se passait au Ghana avec le High-Life, les musiciens éthiopiens connurent un engouement pour les instruments électriques, les cuivres et les musiques venues d'Occident. Soul, rythm n'blues et jazz se mélangèrent alors à des mélopées orientales et des musiques de traditions locales comme celle des Azmari, griots éthiopiens s'accompagnant du kraar, harpe à 6 cordes, du masinqo et de l'accordéon.. Mahmoud Ahmed est le chanteur emblématique de cette l'époque.
Né le 8 mai 1941 à Addis Abeba, Mahmoud se met à chanter avec ses camarades d'école. Sa famille est modeste et il ne peut poursuivre ses études au-delà de ses douze ans. Après avoir passé des années à cirer les chaussures dans les rues de la capitale, à vingt ans, il se fait engager comme garçon à tout faire à l'Arizona, l'un des cabarets accueillant des musiciens d'orchestres officiels venus se faire, à la nuit tombée, un pécule supplémentaire. Un soir alors qu'un chanteur manque à l'appel, Mahmoud se propose de le remplacer. Après un essai, on lui laisse tenter sa chance. Son exceptionnelle aptitude vocale et son talent naturel de showman font tant d'effet qu'on lui propose alors d'intégrer l'un des groupes vedettes d'Addis Abbeba, "l'Imperial Body Guard". Il restera membre de cet orchestre institutionnel pendant onze ans. Pendant ces années, Mahmoud Ahmed devient la coqueluche du "Swinging Addis". Chanteur de "l'Imperial Body Guard" le jour, la nuit, il fait le mur pour jouer dans les clubs branchés de la ville. D'origine ethnique amharique, il n'a pas son pareil pour déclencher la spectaculaire danse eskita qui se caractérise par de lascifs mouvements du torse et des épaules. Ses fans adorent sa voix brûlante et profonde qui courre sur plusieurs octaves et s'insinue avec souplesse dans les intervalles pentatoniques de la musique de cette région. En 1972, Mahmoud rejoint le groupe vedette de cette période "l'Ibex Band". A l'époque, l'industrie du disque est florissante. Plus de cinq cent 45 tours et une trentaine d'albums sont produits en Ethiopie entre 1969 et 1974 et ceux de Mahmoud Ahmed ne passent pas inaperçus.
Mais les temps changent lorsque la junte militaire stalinienne "DERG" destitue l'empereur Selassié et prend le pouvoir en avril 1974. En 1975, Mahmoud Ahmed enregistre néanmoins son chef d'œuvre "Erè Mèla Mèla", un époustouflant morceau de 8 minutes au groove irrésistible. Mais l'état militaire impose une dictature de plus en plus évidente, elle censure la culture et interdit la production de disques. Beaucoup de musiciens abandonnent la partie, seules quelques cassettes voient le jour. Mahmoud et quelques membres de l'Ibex Band forment le Roha Band. Pendant le couvre feu, ils se produisent dans les hôtels de luxe pour touristes.
En 1986, "Erè Mèla Mèla" sort en Europe sur le label belge CrammWorld et quelques années plus tard l'Europe découvre enfin tous les joyaux éthiopiens de cette période grâce à la fantastique collection "Ethiopiques". Lorsque après la dictature en 1991, Mahmoud Ahmed voyage enfin en Occident, il est accueilli comme le prince qu'il a toujours été.

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